Chansons d'Homme

    Friday, September 9, 2011 to Saturday, October 15, 2011

    Opening
    • Friday, September 9, 2011 to Saturday, September 10, 2011
    Des lapins innocents, des chansons descriptives et des paysages verdoyants sont les toiles de fond du travail d’animation de Chris Simonite dans lequel il joue le rôle de faire-valoir. Au moyen de l’humour et de l’ironie, son œuvre aborde de manière sérieuse les tropes et les attentes de l’hyper-masculinité dans la société occidentale. Les attentes placées dans les hommes et les femmes qui contribuent à renforcer les rapports de pouvoir sont d’habitude invisibles aux membres de toute société qui endossent et appuient ces rôles par le biais de leurs choix et de leur mode de vie. Puisque les différences sexuelles sont des constructions culturelles, les œuvres de Simonite font partie du processus de déconstruction. Au cœur de son travail, la complexité des rapports entre hommes et femmes est simplifiée, mise en question et contestée. Chris Simonite, animateur féministe Chris Simonite est l’un des membres fondateurs de ce qui pourrait être « l’École d’abjection de Winnipeg », une confrérie d’artistes qui prennent plaisir à créer des images d’humiliation et de marginalisation. Le peintre Ivan Eyre a souvent fait un autoportrait de sa personne enveloppée dans des bandages. Le cinéaste Guy Maddin a forcé plusieurs de ses personnages masculins (voir à cet effet The Saddest Music in the World et The Heart of the World) à participer à des concours humiliants pour gagner l’affection de femmes puissantes. En réalisant des rétroprojections déchirantes, Daniel Barrow raconte des histoires sur les difficultés de grandir et de vivre son homosexualité en même temps. La récente série de Sarah Anne Johnson sur le vécu en psychiatrie de sa grand-mère et les dessins d’Erica Eyre représentant des banlieusards tordus sont autant d’exemples de l’abjection que l’on trouve dans l’art contemporain de Winnipeg. Chris Simonite est un féministe masculin qui incarne toutes les énergies contradictoires et tous les conflits que peut suggérer un tel terme. Une partie de sa stratégie consiste à démontrer que la soumission que les hommes exigent des femmes est ridicule; d’autre part, il rejette la culture des réactionnaires. Ces renversements lui permettent, au moyen de la satire, de dépeindre, de manière ridicule, abjecte et marginale, les hommes qui abusent les femmes. Simonite : « En tant qu’homme ayant grandi dans les années 1970 et 1980, au moment où l’idée du féminisme faisait son chemin dans la culture occidentale, j’ai été profondément marqué par la critique que faisaient les féministes de la masculinité. Grâce à ce vécu, j’ai appris à me servir de l’humour pour aborder et dédramatiser ces questions difficiles… je tiens à interpeller les hommes sur l’idée absurde des privilèges et du pouvoir dévolus aux hommes. Et je refuse de me défiler de cette critique ». Simonite chante ses chansons country western avec un accent du sud, peut-être pour affirmer que les origines de la culture réactionnaire au Canada sont états-uniennes. Bien entendu, les étoiles actuelles de la musique country au Canada, comme Shania Twain et bien d’autres, changent leur accent pour qu’il soit conforme à l’accent country qu’aime le grand public américain. On peut aussi penser à des artistes anglais comme Josh Stone et Amy Winehouse, qui ont l’accent des chanteurs de blues états-uniens, mais dont l’œuvre n’en est pas moins britannique. Toutefois, l’une des animations récentes de Simonite intitulée State Gun (qui comprend une chanson éponyme) au sujet d’un état adoptant une arme à feu officielle, se rapporte à une décision récente prise par l’état de l’Utah et que Simonite aborde avec un propos explicitement états-unien. Je me demande si Simonite n’insinue pas que les problèmes sexistes du Canada ont leurs origines dans la culture états-unienne. Simonite : « J’ai l’impression que la culture pop, c’est la culture en Amérique du Nord. Et même si une version canadienne de cette culture pop a déjà existé, il me semble qu’il n’y a qu’un pas avant qu’elle n’imite tout à fait sa cousine états-unienne. Nous aimons nous moquer des États-Uniens et nous les regardons de haut, mais je questionne cette prétention. Je crois vraiment que toutes les personnes se ressemblent. C’est trop facile de juger. » Voyez la vidéo A Promise of the Lord de Simonite. Cette œuvre est un vidéoclip animé : Simonite y chante une chanson country originale qui semble définir les règles du comportement du personnage du cowboy conservateur (qui ressemble étrangement à Simonite) envers sa femme. Toutefois, l’oppression est illustrée par une série de symboles et d’images : un dessin des cowboys de Brokeback Mountain, K. D. Lang, un graphique arc-en-ciel et un duo désopilant qui fait de l’exercice, et qui dépeint le personnage de cowboy macho de Simonite comme étant, disons, secrètement homosexuel. Ici, l’assemblage d’homosexualité et de sexisme a, bien sûr, ses propres problèmes, des problèmes que Simonite tente peut-être de résoudre en se mettant dans la peau du cowboy misogyne. Simonite : « Quand je vois un type de mâle ultra-macho, agressif contre les homosexuels et misogyne, je ne peux que me demander s’il n’existe pas en lui un doute sur sa propre virilité. C’est un cliché, je le sais bien, mais c’est omniprésent. Cela me pousse à me demander : de quoi ces hommes ont-ils donc si peur? » Les animations réalisées par Simonite alors qu’il était étudiant étaient aussi pleines de tension et d’humour que ses œuvres plus récentes. Dans une vidéo intitulée The Passion of the Last Temptation of the Whatsisface, il tente de définir ce qu’est vraiment un homme, avec une conclusion prévisible. Sur son site Web, et dans ses vidéos, Simonite se délecte presque du titre qu’il s’est lui-même donné, celui du « plus stupide praticien de la stupidité du monde ». (Vous remarquerez qu’il y a un lien bien en vue vers le manifeste de Simonite sur son site Web mais que, dans les faits, il n’est toujours pas disponible : se pourrait-il que ce soit intentionnel?) Simonite : « J’ai écrit quelque chose qui s’intitule The Stupidist (sic) Manifesto (le Manifeste le plus stupide) dans lequel je me déclare ‘l’artiste le plus stupide du monde’. Ensuite, j’en suis venu à me demander pourquoi je devais me dire ‘artiste’. Pourquoi pas ‘le plus stupide’, tout simplement? Le plus stupide quoi? Ça n’a pas d’importance : un être stupide pratique la stupidité. Je m’amuse à mes propres dépens en me distançant de la grande prétention du génie de l’homme artiste. Et je pense que, peut-être, la seule chose que les gens doivent savoir à mon sujet, c’est que je suis le plus stupide. » Au cours de sa dernière année à l’Université du Manitoba, Simonite a réalisé une série de dessins de chiens qui ont donné un indice de ses sensibilités envers les hommes et lui ont en quelque sorte permis de s’en distancer au plan métaphorique. Ces « chiens Frankenstein » sont une extension de ses portraits vidéo de l’homme qui demeure sans réponse et qui, même modifié techniquement, semble incapable de réfléchir et de résoudre le dilemme du sexisme et de l’oppression. -Cliff Eyland Cliff Eyland est un artiste de la Nouvelle-Écosse qui vit à Winnipeg depuis 1994.